mardi 18 septembre 2007

La baleine et l'écriture

C'est une vieille histoire. Saura-t-elle un jour pourquoi elle se penche sur l'écrit comme un tourtereau sur sa jouvencelle. Sans doute la baleine écrit-elle pour l'amour. La reconnaissance et l'amour vont de pair, de paire, de père, ainsi-soit-il. La baleine pense que l'écrit est la source de toutes ces amours. C'est par lui, par eux qu'elle aboutit. Elle ne peut écrire sans l'autre. Elle ne peut écrire sans un correspondant, avec lequel elle est la plupart du temps en lutte. C'est ainsi qu'elle avance en écriture, la baleine, comme remontant les eaux du Saint Laurent, écumante. La baleine a appris à écrire au sommet du Mont Blanc, haut lieu de l'écriture, et sans rature. Une trace blanche, et devant l'infini. Elle est redescendue dans la mer pour allonger les rimes comme des rames de métro qu'elle n'aime pas prendre aux heures de pointe. Pointe du stylo qui s'enfonce dans le tunnel, avant d'atteindre la lumière et de remonter en surface. La baleine s'accroche à l'écriture, comme un ultime espoir, de rencontrer l'amour, qu'elle a trouvé tout au fond d'une baignoire où elle a failli se noyer. Qu'est-ce qu'elle raconte la baleine pour mieux noyer le poisson. Des histoires. Des vieilles histoires comme il s'en raconte depuis la nuit des temps. Elle n'invente rien. Elle fait comme les peintres chinois, elle recopie sur des rouleaux à l'encre de Chine ce que d'autres ont inventé avant elle. L'écriture. Une belle invention. Laisser une trace, un témoignage d'un lieu, d'une époque, d'un vivant. Le temps ne s'efface pas. Il est toujours le même, c'est nous qui passons. Alors à quoi bon? Nous sommes dans la répétition, c'est ce que la baleine tient à écrire...

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